Publicité

Mieux vaut violer qu’aimer

Dîn Wa Dunia | 8 septembre 2016 à 13 h 30 min | Mis à jour 12 février 2018

Par

Mieux vaut violer qu’aimer
Publicité

Vous rappelez-vous ce juge qui, en 2012, avait conseillé au père d’Amina Filali de marier sa fille à son violeur pour éviter le scandale et les problèmes? Un juge, censé œuvrer pour la justice et qui, pour finir, se préoccupe davantage de la perte d’un hymen que de l’acte de viol et de violence.

 

Lire aussi : Bikini vs. burkini? Pas si simple

Lire aussi : Non, la fatwa n'est pas une condamnation ni un appel au meurtre

 

Voilà qu’en 2016, l’histoire bégaie. Et toujours avec un juge. Khadija se fait violer à Ben Guerir par huit hommes qui filment la scène. Or le juge estime que les violeurs peuvent bénéficier de la liberté provisoire. Pourtant, on parle bien d’un viol collectif. Les violeurs harcèlent la victime et menacent de diffuser la vidéo si elle ne renonce pas à toute poursuite contre eux.

Ce qu’ils font… Khadija, ne supportant pas cette injustice, se donne la mort en s’immolant.

 

Qui est responsable de sa mort? Les violeurs? Le juge? Ou toute une société qui stigmatise la victime d’un viol plutôt que le violeur?

 

Dans cette même société, on condamne socialement et juridiquement l’acte d’amour entre personnes adultes consentantes. Si vous avez envie de partager un moment de complicité physique avec votre partenaire, si vous aimez votre homme ou tout simplement le désirez, vous risquez à la fois la prison et la condamnation sociale.

 

En revanche, quand vous violez une femme, vous avez de fortes chances de vous en sortir. Au mieux, elle aura honte de porter plainte. Au pire, le juge lui demandera ce qu’elle faisait chez vous ou dans la rue, et vous accordera la liberté provisoire. Personne ne prendra en compte la douleur physique et psychologique du viol.

Elle portera toute sa vie « la honte » de s’être fait dépuceler hors mariage… sauf si elle décide d’y mettre fin en se suicidant. 

 

Quant au voisin qui s’empresse de vous dénoncer si vous recevez votre amoureux ou votre amoureuse, il ne fera rien si un voleur entre chez vous par effraction. Ce même voisin qui alerte la police pour « acte de débauche » n’est nullement gêné par les hurlements d’une femme battue par son mari. Ce même passant, gêné par un couple qui s’embrasse ou s’enlace dans la rue, détourne le regard quand un homme frappe sa femme ou sa sœur sous ses yeux.

 

Moralité? Battez vos femmes, mais ne les embrassez pas dans la rue. Partagez la vie d’un homme que vous n’aimez pas, mais, surtout, n’envisagez pas de lien amoureux ou sexuel avec quelqu’un que ni la loi ni la société ne vous autorisent à aimer ou désirer...

 

Décidément, chez nous, la notion de valeurs s’inscrit, elle aussi, dans la sacrée « exception marocaine».

Commentaires