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Infiltré chez les Touaregs

Dîn Wa Dunia | 8 janvier 2018 à 14 h 08 min | Mis à jour 9 février 2018

Infiltré chez les Touaregs
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Chassés par l’intervention de l’armée française au nord du Mali en juillet 2014, des groupes islamistes mènent aujourd’hui une insaisissable guérilla grâce à la complicité de la population locale : les Touaregs. Quelques années plus tôt, en 2009, notre journaliste les avait rencontrés.

 

L'un des principaux liens qui unissent le Maroc au Mali et à ses vastes étendues du Nord est évidemment Tombouctou, ses marabouts et sa vieille population d’origine marocaine devenue autochtone après un lent brassage ethnique.

 

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L’autre lien, plus intime mais non moins connu, remonte au 16e siècle, quand Jaoudar Pacha, un morisque espagnol, a occupé Tombouctou et bousculé l’Empire songhaï au nom du sultan Ahmed Al Mansur Saâdi. De ces lointaines attaches diluées dans le temps, il reste du côté marocain un nom, Touarga, la minuscule commune enclavée au sein du Palais royal de Rabat et sa population particulière ; et du côté malien, des familles touarègues et arabes qui jurent par Allah, avec une certaine fierté, qu’elles ont bien des parents dans l’enclave.

 

C’est en partie pour ces raisons qu’en 2009, je suis allé à la rencontre des Touaregs du nord du Mali, déjà en guerre ouverte et sanglante contre le régime du président Amadou Toumani Touré, dit ATT.

Visa pour la guérilla

Avant d’accéder à ce monde complexe, il a fallu passer par l’entremise des Amazighs marocains, qui entretiennent des liens avec leurs frères berbères touaregs, en vue d’obtenir un aman : une protection contre un possible enlèvement, pratique très fréquente à l’époque des virées touristiques dans les zones sud de l’Algérie et de la Tunisie. Sans aman, précieux sauf-conduit qui n’est couché sur aucun papier et repose uniquement sur la parole donnée, point d’expédition. Une fois le contact établi et la «protection» accordée, restait à choisir l’itinéraire. Les possibilités étaient limitées. Par le Sud, en passant par Bamako, la capitale, il était quasiment impossible d’y accéder. Des journalistes français et leur chauffeur malien, qui s’y étaient aventurés en 2007, avaient été appréhendés à mi-chemin par l’armée malienne et accusés d’« atteinte à la sûreté de l’Etat ». Il a fallu que Paris intervienne directement pour que ces confrères soient relâchés et rapidement expulsés vers la France. C’est que l’atteinte à la sûreté de l’Etat est passible de la peine de mort. Alors, un journaliste à la peau claire pouvait au mieux être pris pour un rebelle touareg, au pire pour un islamiste d’Aqmi (Al Qaïda au Maghreb islamique).

 

 

Autre solution, passer par l’Ouest, à travers la Mauritanie. « Pas question! », répondirent en chœur des collègues mauritaniens en me mettant en garde contre les dangers de tomber entre les mains d’une katiba islamiste. La Mauritanie constituait déjà une plaque tournante pour les différents groupes armés qui ont transformé l’interminable frontière mauritano-malienne en une immense passoire.
Impossible également de transiter par l’Est, car une autre rébellion touarègue, soutenue par la Libye de Mouammar Kadhafi, sévissait au Niger. Restait alors le Nord, au niveau de la frontière avec l’Algérie. C’était assurément la route idéale pour accéder au territoire malien, à condition de pouvoir se rendre jusqu’à Tamanrasset, la capitale du Sud algérien. Et, bien entendu, compter sur la complicité monnayée des contrebandiers touaregs ou arabes.

Sur la piste des Touaregs

Il est 3 heures du matin, l’avion d’Air Algérie en provenance d’Alger atterrit à l’aéroport de Tamanrasset, sur une piste balayée par une chaleur suffocante. Au poste de contrôle, le policier me dévisage.

«Mais, que venez-vous faire dans les parages? Du tourisme! Vous vous moquez de moi? Vous avez vu le thermomètre?»

Après quelques échanges, des doutes, peut-être des soupçons, on me laisse passer. Dehors, des hommes enveloppés dans leur traditionnel boubou de coton indigo m’attendent. On ne distingue pas leur visage, car un turban blanc, long de plusieurs mètres, le recouvre. Ce sont des Touaregs, les fameux «hommes bleus».

La soldatesque algérienne tire à vue sur tous ceux, contrebandiers, combattants islamistes et même parfois chameliers, qui tentent de passer frauduleusement

Après une autre série de palabres, quelques regards furtifs jetés au loin, pour repérer une éventuelle surveillance, on embarque sans tarder dans un pick-up. Direction la frontière algéro-malienne. Sans ces habiles chauffeurs, dont l’arrière du véhicule est encombré de gros bidons de carburant pour éviter les stations d’essence contrôlées par l’armée, on ne peut espérer traverser clandestinement cette dangereuse frontière. Dans sa guerre contre Aqmi, la soldatesque algérienne tire à vue sur tous ceux, contrebandiers, combattants islamistes et même parfois chameliers, qui tentent de passer frauduleusement d’un pays à l’autre.

«Au moindre pépin, baissez votre tête et, à la première occasion, sautez de la voiture»

, prévient le chauffeur, un homme d’âge mûr qui a quelques difficultés à articuler correctement une phrase en français. L’arabe dialectal, lui, est à couper au couteau. « Je parle le tamashek, et je n’ai vraiment pas l’habitude de transporter des étrangers », s’excuse-t-il. Son compagnon, un jeune Targui corpulent et plutôt cordial, acquiesce dans un éclat de rire. Le binôme se répartit les tâches. Le propriétaire du pick-up se charge de conduire, de surveiller l’horizon et de trouver le meilleur endroit pour établir un bivouac, un endroit qui nous permette de fuir à la moindre alerte. Son aide est chargé de repérer les points d’eau, chercher du bois, allumer le feu et cuisiner. Bien qu’ils soient tous deux de nationalité algérienne, ils semblent incapables de faire la différence entre un Marocain et un Algérien. Alger, Rabat, Tunis, Tripoli ou Nouakchott, c’est kif-kif pour eux : un autre monde... Les deux lascars ne peuvent discerner les accents, et ils me confieront d’ailleurs, par la suite, qu’ils n’ont jamais mis les pieds à Alger ni dans aucune autre grande ville du Maghreb.

 

Après plusieurs jours d’une course effrénée à travers les immenses étendues blanches et plates du désert, et quelques acrobaties pour ne pas être repérés, nous pénétrons dans le massif montagneux de l’Adrar des Ifoghas. Nous ne tardons pas à tomber sur une patrouille du Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA), la rébellion touarègue qui occupe alors le nord du Mali. Trois hommes, jeunes et lourdement armés, nous font signe de nous arrêter. Hormis un chèche de couleur noire, ils portent le même accoutrement que mes compagnons de route. Ces derniers semblent bien les connaître puisqu’ils se saluent avec effusion.

Prisonnier des rebelles

Nous sommes conduits vers un campement de tentes. La plupart sont petites, mais d’autres, un peu à l’écart, sont plus imposantes. Elles sont réservées aux chefs. On nous invite à palabrer à l’ombre d’un taboghart, un dattier du désert planté dans cette immensité inhospitalière. Commence alors l’interrogatoire:«D’où venez-vous? que faites-vous ici?» Mais je sens que pour ces hommes en armes, l’ennemi n’est nullement le Blanc, l’étranger que je suis. C’est le soldat malien, le Noir, le «abid», ose un commandant, ex-officier supérieur de l’armée malienne, un homme qu’on pourrait parfaitement confondre avec un gradé marocain ou algérien.

Mais je sens que pour ces hommes en armes, l’ennemi n’est nullement le Blanc, l’étranger que je suis. C’est le soldat malien, le Noir, le « abid »

Au loin, j’aperçois des hommes assis par terre sous un autre arbre. La seule différence, c’est qu’ils portent des uniformes et qu’ils sont attachés les uns aux autres. Ce sont des prisonniers de l’armée malienne qui, le regard apeuré, me dévisagent. Spectacle pénible. «Vous êtes algérien, Monsieur?», ose l’un d’entre eux, un capitaine. «Pourriez-vous prévenir ma famille et lui dire que je vais bien?» Les autres, y compris un vieillard dont la présence me choque, en profitent pour faire la même requête. Un combattant touareg s’y oppose, mais après un geste martial de son chef, il s’incline. Je fais part au commandant de ma gêne de voir figurer un patriarche parmi ces prisonniers.

« C’est parce que vous ignorez ce qu’a fait cet homme. Il y a quelques années, il a abattu gratuitement dans la rue, à Gao, l’un des nôtres. Si nous ne l’avons pas tué, c’est parce que nous espérons pouvoir l’échanger contre nos hommes tombés entre les mains de l’ennemi.»

Je me départis un instant de ma neutralité professionnelle pour faire une demande. Je veux bien prêter aux prisonniers mon téléphone satellitaire pour qu’ils contactent les leurs. Je m’attends à de pénibles conciliabules, à des discussions sans fin pour quelque chose de simple, d’humain. A mon grand étonnement, il n’en est rien. Ma requête est acceptée, mais à une seule condition : que ce soit moi qui parle aux familles.

 

Le but de mon incursion était d’aller à la rencontre des Touaregs, mais je voulais aussi tenter d’entrer en contact avec des islamistes d’Aqmi dont la présence m’avait été signalée parmi eux. Je savais qu’ils étaient là, quelque part au cœur de cette démesure saharienne, mais je n’en ai croisé aucun.

 

En étudiant attentivement mes « hôtes », je constate que presque tout le monde possède un téléphone satellitaire, parfois de meilleure qualité que le mien, avec un système de cartes rechargeables. Ces hommes, qui appartiennent tous au MNLA, sont armés de fusils. Et comme dans n’importe quelle armée au monde, ceux qui portent des pistolets à la hanche sont des officiers ou des sous-officiers.

 

Deuxième constat, l’homme le plus important est Ibrahim ag Bahanga, qui appartient à la « noble » tribu des Ifoghas, dont le territoire s’étend sur 250 000 kilomètres. Ce chef considéré comme un dur, un radical, refusera de me recevoir. Peut-être par crainte que je sois un « espion » marocain à la solde des Occidentaux. La frontière entre le journalisme et les fanges dans lesquelles se meuvent les services secrets est si ténue… Je suis finalement reçu par son conseiller politique, un autre « ag », dont le nom m’avait été transmis par mon contact berbère de Rabat. Il me demande de ne pas citer son patronyme. «Qu’est-ce qui vous amène jusqu’ici?» questionne-t-il. «Je viens pour vous connaître» «Pour le compte de qui?» Ce à quoi je réponds: «Pour celui de mes lecteurs» Mon interlocuteur ignore tout des médias marocains. Il ne connaît que les supports algériens. Il ne comprend pas l’intérêt soudain pour le peuple touareg de la part de la presse du Maroc, un pays n’ayant aucun intérêt stratégique dans la région. J’apprendrai plus tard que les Algériens m’avaient repéré à l’aéroport de Tamanrasset, mais avaient perdu ma trace après mon passage par la police des frontières. De là à croire que j’étais un espion marocain, il n’y avait qu’un pas qui a vite été franchi, d’où le refus de ag Bahanga, dont j’apercevrai juste la silhouette.

L’irruption d’un islam rigoriste venu du Nord, depuis la fin du 20e siècle, a ébranlé cette très austère communauté

Après ce préambule, je reçois l’autorisation de circuler librement dans la zone à condition de ne pas trop m’approcher de la tente des chefs militaires.

Les Spartiates du désert

Les Touaregs sont divisés en plusieurs grandes confédérations qui elles-mêmes sont structurées en plusieurs tribus. Dans leur organisation sociale, on trouve les tribus nobles ou aristocratiques, celles dont les dirigeants mènent la guerre ; les maraboutiques qui produisent leurs oulémas appelés «ceux de l’Islam», ou Ineslem, et qui fabriquent les amulettes que portent les guerriers avant les combats ; et le reste, les tribus vassales et une infinité de populations dites inférieures qui se composent d’artisans, d’anciens esclaves, etc. Ils ont bien un sultan, désigné par le terme amenokal, qui est sédentaire et qui habite à Agadez, la grande ville touarègue du Niger.

 

Avant d’entreprendre mon voyage, j’avais dévoré avec avidité et curiosité les textes de leur « découvreur », le géographe français Charles Duveyrier, qui les avaient étudiés et catalogués il y a cent cinquante ans. Sans la lecture des Notes sur les Touaregs et leur pays et Les Touaregs du Nord, publiés respectivement en 1863 et en 1864, on ne peut espérer comprendre ce peuple. Hier comme aujourd’hui, nombre d’entre eux, en tout cas ceux qui sont restés nomades, ne possèdent pas de papiers d’identité. A la question de la nationalité, ils répondent par la nation touarègue, ici l’Azawad, un territoire qui englobe les régions de Tombouctou, Gao, Kidal et Mopti, plus au sud, ailleurs la mère patrie Tamazgha.

 

Les hommes se marient avec les femmes de leur clan. Ils sont, sauf rares exceptions, monogames et, en cas de divorce, c’est l’épouse qui garde la tente. Ici, on est loin de la société patriarcale musulmane, et, paradoxalement, c’est l’homme qui se voile le visage avec son chèche, pas la femme. Question alimentation, ils ne sont pas de nature gourmande. La nourriture étant rare, l’obésité est un luxe, ou un fléau qu’ils ne connaissent pas. Ce sont de véritables spartiates, et le meilleur moment de la journée, c’est quand ils s’allongent à la belle étoile en faisant fi des moustiques et des scorpions qui pullulent.

Les combattants d’Al Qaïda  prennent femme chez nous, adoptent nos coutumes et deviennent des Touaregs

Duveyrier avait remarqué qu’ils étaient peu islamisés, mais c’était il y a un siècle et demi. Si la religion des origines n’a pas changé leur mode de vie, l’irruption d’un islam rigoriste venu du Nord, depuis la fin du 20e siècle, a transformé leurs habitudes et ébranlé cette très austère communauté. Les Touaregs n’ont jamais été des musulmans radicaux, mais ils sont devenus très pieux. La barbe s’est allongée et ils invoquent souvent le nom d’Allah. Certains se remémorent leurs séjours dans des écoles islamiques au Soudan et d’autres me questionnent sur le comportement des Occidentaux envers les musulmans.

Jihad connexion

Au cours de la conversation, mon intérêt pour les islamistes les déroute. Au début, toute référence à Al Qaïda leur semble déplacée. «Qu’avons-nous à voir avec ces gens-là?», répondent-ils inlassablement en évoquant plusieurs affrontements, souvent mortels de part et d’autre, avec des katibas islamistes. Mais alors que la confiance s’installe, les langues se délient. Ils finissent par admettre que tel père, frère, cousin ou apparenté a recueilli chez lui un homme venu du Nord, un Algérien souvent, mais pas seulement. Avec le temps, l’étranger s’est intégré, épousant la fille, la sœur ou la cousine de l’hôte qui, en lui donnant des enfants, scellera définitivement une alliance familiale avec le clan, la tribu.

«Oui, nous avons des relations avec les combattants d’Al Qaïda. S’ils ne vivent pas obligatoirement avec nous, ils prennent femme chez nous, adoptent nos coutumes et deviennent des Touaregs», confie un combattant du MNLA.

 

Combien sont-ils? L’interlocuteur ne peut évaluer leur nombre, mais il répond, laconique : « Assez, en comparaison avec la population nomade » Un vétéran des guerres touarègues m’apprend que le premier combattant étranger arrivé sous ces latitudes était un Algérien venu du Nord. La peau blanche et l’accent caractéristique d’un arabophone. Il avait rejoint le Mouvement populaire de la libération de l’Azawad (MPLA), un mouvement rebelle dirigé par Iyad ag Ghali, un autre Ifoghas, qui avait été fondé au début des années quatre-vingt-dix. L’Algérien n’était pas venu pour combattre, mais pour réparer les véhicules des Touaregs. Après la guerre et la fin de la révolte en 1996, il réclama sa solde, salua ses amis et repartit vers le nord. Ses compagnons d’armes, qui regrettent encore son ingéniosité de mécanicien, ne le revirent jamais. Tous signalent qu’il n’était pas particulièrement porté sur la religion.

 

Ceux qui vinrent après lui étaient différents. Fuyant la guerre civile algérienne, d’autres combattants arrivèrent dans le désert. D’abord accueillis comme des invités, ils finirent par s’imposer progressivement dans la société touarègue en adoptant ses codes (vestimentaires et autres). Et, surtout, ils apportèrent un rigorisme religieux inconnu jusque-là. Ce sont ces hommes qui constitueront plus tard les premières cellules d’Aqmi dans la région.

 

Mais en cette année 2009, le Touareg dominait encore ses terres. Tenant à distance l’armée malienne, il pouvait tolérer la présence des quelques groupes épars de combattants islamistes, qu’on n’appelait pas encore jihadistes, qui sillonnaient la région. Pour démontrer sa puissance, un chef touareg organisa, sous mes yeux, une expédition contre un poste de l’armée malienne. Il fit défiler ses troupes, juchées sur des pick-up rutilants et armés. Puis il donna l’assaut. Ce poste de contrôle, dont je n’ai pas compris l’utilité en plein territoire rebelle, céda après quelques heures d’échanges de tirs, les soldats maliens ayant pris la fuite abandonnant sur place des armes lourdes.

 

Cet «exploit» sonna le glas de ma présence chez les hommes bleus. J’avais réuni suffisamment d’éléments pour raconter la rébellion de ces Amazighs du désert. En reprenant la route vers le nord et l’aéroport de Tamanrasset, mes nouveaux « amis » me prièrent de ne pas les oublier. Mais en les quittant, je sentais que le monde touareg était en train de se transformer et que les tambours d’un bouleversement futur résonnaient déjà. Tout le monde pressentait que l’horizon sous ce ciel bleu allait bientôt s’obscurcir, mais avec d’autres protagonistes.

 

Moins de deux ans plus tard en 2011, j’appris que Ibrahim ag Bahanga, le chef qui avait refusé de me rencontrer, avait été tué dans un accident de voiture. Et un an après, en 2012, les chancelleries occidentales, qui dédaignaient jusque-là cette région, suivirent en direct l’implantation de l’ordre d’Aqmi dans le nord du Mali, et la marche imparable des groupes islamistes vers Bamako. Aqmi s’était alliée avec les Touaregs, dont beaucoup d’ex-combattants du MNLA passés sous la coupe d’Iyad ag Ghali. Ce dernier était revenu d’Arabie saoudite, où il exerçait la charge de diplomate à l’ambassade du Mali, pour fonder le mouvement salafiste Ansar Eddine. Il a fallu du temps aux Occidentaux et aux gouvernements de la région pour comprendre que si Tombouctou, Gao et d’autres bourgs touaregs étaient aisément tombés entre les mains des islamistes, c’est parce qu’ils s’étaient assuré la complicité ou la neutralité bienveillante des Touaregs de la région. A cela il fallait ajouter un autre élément. La plupart des 3000 combattants touaregs qui vivaient en Libye, depuis l’époque de la Légion islamique créée par Mouammar Kadhafi, étaient rentrés au pays après la révolution libyenne de 2011. Et ils avaient rapporté tout le matériel de guerre qu’ils avaient pu récupérer dans les arsenaux de la Jamahiriya moribonde. Beaucoup d’entre eux, les Maliens en particulier, avaient rejoint les files islamistes ou celles du MNLA.

 

Aujourd’hui, pour ceux qui osent ou peuvent accéder à cette zone de guerre, qui a momentanément échappé au contrôle d’Aqmi après l’opération Serval, une expédition militaire française ordonnée par le président François Hollande, il est vraiment difficile de différencier un Targui d’un combattant d’Aqmi. Le MNLA est certes encore là, affaibli, mais toujours actif selon les échos qui me parviennent de son fief de Kidal. Sous la pression de la France, le mouvement a abandonné sa revendication première, l’indépendance, pour se concentrer sur l’octroi d’une large autonomie pour l’Azawad.

 

Mais le maître du jeu sur place reste Aqmi, ses organisations satellites comme les Al Mourabitoune et leurs alliés touaregs. Tant que la force expéditionnaire française restera présente, le Mali, Etat en faillite, pourra toujours prétendre contrôler la situation. Mais si cette armée se retire, une hypothèse nullement improbable, rien ne pourra stopper une autre marche sur Bamako et empêcher la réoccupation du Nord malien par les jihadistes.

 

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