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Pentagone Papers : Une certaine leçon de liberté

Dîn Wa Dunia | 12 mars 2018 à 17 h 14 min | Mis à jour 12 mars 2018

Pentagone Papers : Une certaine leçon de liberté
© DR
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Vibrant éloge à la liberté de la presse, Pentagone Papers est probablement l’un des films historiques les plus réussis de Steven Spielberg. Lecture.

 

1971. Alors que l’armée américaine est plus que jamais embourbée dans la guerre au Vietnam (1955-1975), Katherine Graham (Meryl Streep), première femme directrice de publication du Washington Post, est confrontée à un dilemme des plus difficiles. S’associer à son rédacteur en chef Ben Bradlee (Tom Hanks) en dévoilant un rapport classé secret défense à peine révélé par son grand concurrent le New-York Times, quitte à mettre en péril la vie de sa fragile entreprise familiale et sa propre liberté. Ou prêter l’oreille à un conseil d’administration condescendant qui la met en garde contre les conséquences d’une telle décision à l’aube de l’entrée du quotidien en bourse.

 

Première adaptation sur grand écran du scoop historique qui a accéléré le retrait des troupes U.S du Vietnam, « The Post » (son titre original en anglais), oscar 2018 du meilleur film et de la meilleure actrice pour Meryl Streep, réussit à vous tenir en haleine durant 116 minutes, sans le moindre temps mort. Il faut dire que le long-métrage de Spielberg, ode au premier amendement de la Constitution américaine, réunit tous les ingrédients du parfait polar politico-journalistique dont seul Hollywood a le secret.

Un thriller qui réussit à prendre aux tripes le spectateur en l’immergeant dans les entrailles bouillonnantes de la fabrication de l’info et de la poursuite exaltante de la vérité.

Le rédacteur en chef en réunion permanente, le désordre de son sobre bureau qui n’a d’égal que l’opulence ordonnée de ses idées, la newsroom saturée par les volutes de fumée de cigarette, les rumeurs sourdes des machines à écrire, la cacophonie des téléphones, le va-et-vient incessant des reporters et le bruit addictif des rotatives. Le tout servi par une image surannée à merveille par Janusz Kaminski, une caméra serrée, des dialogues incisifs, un scénario de la jeune prodige Liz Hannah rendu nerveux par Josh Singer et un jeu d’acteurs époustouflant.

 

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On retiendra évidemment le superbe duo Streep/Hanks, réunis pour la première fois à l’écran. L’inénarrable Meryl Streep, flamboyante dans le rôle de la veuve mondaine Graham, mère au foyer devenue subitement patronne du journal de son époux après le suicide de celui-ci, donne le la avec une grâce empreinte de vulnérabilité à un Tom Hanks magistral dans la peau de l’incorruptible et  délicieusement narquois Ben Bradlee, que l’acteur a côtoyé de près.

 

Remarquable également, l’interprétation de Matthew Rhys, qui parvient à se mettre avec une grande justesse dans la peau de Daniel Ellsberg, l’ancien analyste et employé de la Rand Corporation, qui a fourni le fameux rapport secret du Pentagone au New-York Times, et est considéré comme le premier lanceur d’alerte de l’histoire des Etats-Unis.

Premier film de Spielberg sur la presse, plaidoyer assumé en faveur d’un quatrième pouvoir fort et indépendant, qui n’est pas sans rappeler Les Hommes du Président d’Alan J.Pakula sur l’affaire du Watergate en 1973, Pentagone Papers se veut un clin d’œil appuyé à la bravoure des journalistes dans l’Amérique des seventies.

 

Une presse prise en étau entre ses liaisons intimes avec les sphères du pouvoir, la pérennité de son modèle économique et financier, les velléités de censure de Richard Nixon, la sécurité de l’Etat et le devoir d’informer. Avec, en filigrane, la lente et irrésistible ascension des femmes dans un système socio-politique où la voix de l’homme est reine et leurs acquis jamais garantis.

 

Près de cinquante après, à l’aune du Russiagate de Donald Trump et de l’ère post-Weinstein, Pentagone Papers se révèle d’une brûlante actualité. Autant de raisons pour le voir et le revoir.

 

Pentagone Papers, flash-back sur un scandale

Commandée par l’ancien secrétaire à la Défense Robert Strange Mc Namara (1961-1968), l’étude confidentielle « United States-Vietnam Relations, 1945-1967: A Study Prepared by the Department of Defense », révèle sur plus de 7 000 pages le processus décisionnel du gouvernement américain pendant la guerre du Vietnam.

Le document dévoile les manœuvres des quatre présidents successifs des Etats-Unis (Dwight Eisenhower, John Kennedy, Lyndon Johnson et Richard Nixon) pour dissimuler à l’opinion publique américaine en pleine Guerre froide la débâcle progressive et inéluctable des troupes U.S dans le bourbier vietnamien. Un entêtement qui aura coûté la vie à 57 000 soldats de la première puissance mondiale et à près de 3 millions de Vietnamiens.

Mc Namara, plusieurs années après la fin de son mandat à la Banque Mondiale (1968-1991), écrira à ce propos dans son livre The Tragedy and Lessons of Vietnam (1995): «  Je n'avais jamais été en Indochine. Je n'en connaissais ni l'histoire, ni la langue, ni la culture, ni les valeurs. Mes collègues et moi décidions du destin d'une région dont nous ignorions tout ». Quelques années avant son décès (2009), invité à Hanoï par d’anciens dirigeants nord-vietnamiens, l’ancien ministre de la Défense de J.Kennedy et Johnson reconnaîtra que la guerre du Vietnam était une guerre d’indépendance et qu’elle n’avait rien du conflit idéologique imaginé par les dirigeants américains.

 

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