Nigeria, les orphelins de Boko Haram hantent les rues  

Dîn Wa Dunia | 9 mars 2018 à 18 h 50 min | Mis à jour 9 mars 2018

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Nigeria, les orphelins de Boko Haram hantent les rues  
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Plus de 52 000. C’est l’estimation officielle du nombre d’orphelins de guerre dans l’Etat de Borno, au nord-est du Nigeria, suite à l’insurrection jihadiste de Boko Haram. Les ONG parlent, elles, d’au moins 100 000 mineurs sans famille et de plus d’un million d’enfants déscolarisés depuis le début du conflit.

 

La moitié des orphelins de guerre vivrait à Maiduguri, la capitale de Borno. Faute de structures d’accueil suffisantes et adéquates, la plupart errent aujourd’hui dans les rues, en proie aux réseaux de prostitution, de drogue et de trafics en tous genres : « Sans éducation, ces jeunes deviendront des monstres qui nous consumeront tous », avertit Kashim Shettima, gouverneur de l’Etat de Borno dans un entretien avec l’AFP. Certains de ces mineurs sont enrôlés par Boko Haram comme enfants soldats ou utilisés comme kamikazes dans des attentats-suicides au Nigeria et au Cameroun voisin.

 

C’est dans la même région qu’est née l’organisation terroriste Boko Haram, appellation en langue haoussa que l’on traduit généralement par « l’éducation occidentale est un péché ». Considérant l’éducation comme le nerf de la guerre,Abubakar Shekau et ses hommes prennent régulièrement pour cibles les écoles, les élèves et les enseignants. Le 29 septembre 2013, ils avaient ainsi fait irruption dans le dortoir d’un collège agricole à Gubja (Etat de Yobé), assassinant quelques 40 pensionnaires. Leur fait d’armes le plus médiatisé à l’international demeure néanmoins l’enlèvement le 14 avril 2014 de 200 écolières à Chibouk, qu’ils obligeront à se voiler entièrement et à épouser des combattants.

 

Les conditions qui ont présidé à la naissance de cette secte religieuse devenue organisation jihadiste sont toujours là, en l’occurrence une grande pauvreté, un fort taux de chômage et une corruption endémique. Les enfants orphelins sont venus grossir les rangs des civils qui ont fui les violences par centaines de milliers pour venir se réfugier à Maiduguri, aggravant la précarité et la criminalité dans la ville.  Avec cette nouvelle donne, élus et société civile appréhendent que Maiduguri devienne un terreau encore plus fertile pour le radicalisme.

 

A la fois débordé et conscient que l’éducation reste la prévention la plus efficace contre l’extrémisme, l’Etat de Borno multiplie les appels à l’aide à destination du gouvernement central et des organisations internationales pour la construction d’écoles, d’orphelinats et de structures médico-sociales.

 

En tout, selon l’UNICEF, ce sont plus de 800 000 enfants qui ont dû fuir leur foyer depuis le début des combats dans le nord du Nigéria entre Boko Haram, les forces militaires et les groupes d’autodéfense civile. L’organisation d’Abubakar Shekau a également fait près de 55 000 veuves, pas moins de 2,3 millions de déplacés et plus de 20 000 morts depuis le début de son insurrection en 2009.

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