L’islam et le sexe, des leçons de jouissance

Dîn Wa Dunia | 7 février 2018 à 11 h 20 min | Mis à jour 8 février 2018

Par

L’islam et le sexe, des leçons de jouissance
Publicité

L’islam est la seule religion monothéiste où l’amour charnel et le désir sexuel sont abordés sans complexe ni culpabilité. L’acte sexuel y est même, selon un hadith du Prophète, une forme de rapprochement et d’adoration du divin. Un plaisir naturel et légitime néanmoins encadré par l’institution du mariage.

 

Avant l’acte sexuel, il est nécessaire de s’amuser avec la femme, de l’embrasser, de lui sucer la langue. Le Messager de Dieu, paix et bénédiction sur lui, s’amusait avec son épouse et l’embrassait. Abû Dâwûd rapporte que «le Prophète embrassait Aïcha et lui suçait la langue». Jâbir Ibn `Abd Allâh dit:

«Le Messager de Dieu a interdit la pénétration avant les caresses».

Lire aussi : Hachâchînes, saga d’une secte mystique et meurtrière

Lire aussi : Le cochon, aux origines du tabou

Ces propos sur la manière dont un musulman doit aborder sa femme dans le lit conjugal sont de l’imam et savant du tafsîr (exégèse coranique) Abd Allâh Ibn Al-Qayyim (1292–1350)(1), une autorité religieuse damascène du 14e siècle. Avant lui, un autre imam de la jurisprudence -et du soufisme-, bien plus érudit et plus illustre, le philosophe d’origine persane Abû Hâmid Al-Ghazâlî (1058-1111), s’était montré encore plus téméraire dans sa vulgarisation de l’acte sexuel du musulman pieux. Il recommande d’imiter l’attitude du Prophète dans l’instant suprême qu’est l’éjaculation : «Il est convenu de se couvrir les reins, la tête et les épaules, ainsi que le faisait le Prophète. C’est ainsi que l’Envoyé de Dieu se couvrait alors la tête, étouffant le son de sa voix et disant à sa femme : reste tranquille.»(2) Un troisième théologien, de l’époque actuelle celui-là, le Sheikh Yûsuf Al-Qaradâwî, disserte longuement sur l’importance de l’instinct sexuel en islam. Dans un blog consacré à la question, le prédicateur qatari d’origine égyptienne estime que la première chose que l’islam a établie à ce sujet «est la reconnaissance du caractère parfaitement naturel et authentique de l’instinct sexuel. L’islam condamne toutes les tendances extrémistes qui visent à l’empêcher, ou à le considérer comme une salissure ou une souillure.»(3)

 

Le Prophète Mohammed aimait les femmes, nul doute là-dessus. Sa puissance sexuelle et sa virilité sont présentées comme exemple pour les croyants

 

 

En matière de sexe, l’islam apparaît comme le plus révolutionnaire des cultes monothéistes. C’est en effet la seule religion abrahamique où l’amour charnel et le désir sexuel sont abordés de manière récurrente et sans complexe ni culpabilité. Une foisonnante littérature traite ainsi de hadiths ayant rapport aux relations du Prophète avec ses femmes. Le premier texte sacré, le Coran, n’évoque-t-il pas, soutiennent les exégètes coraniques, cette relation intime dans une expression concise mais combien imagée quand il dit?: «Elles sont un vêtement pour vous et vous êtes un vêtement pour elles»? L’acte sexuel entre mari et épouse en islam transcende la simple satisfaction d’une pulsion naturelle. C’est même, selon un hadith sahih (rapporté par Muslim(4)), une forme de rapprochement et d’adoration de Dieu, voire « une bonne action ». Surpris par cette confession, les compagnons de Mohammed le questionnèrent:«Comment se fait-il que l’un de nous, tout en répondant au besoin de ses pulsions, serait gratifié d’une bonne action?»Le messager d’Allah répondit:

«Oui, s’il satisfait ses pulsions illicitement, n’aura-t-il pas récolté une mauvaise action ? Prendriez-vous alors en compte le mal sans prendre en compte le bien?».

Le sexe, pilier du mariage islamique

Des trois religions monothéistes, c’est dans l’islam seul que le contrat de mariage libellé par les adouls est dénommé « ‘Aqdo Nikah » (littéralement : contrat de copulation). Les imams et les prédicateurs musulmans se réfèrent, d’une manière abondante et circonstanciée, aux hadiths du Prophète pour décrire la relation amoureuse idéale entre homme et femme mariés, et quelles attitudes adopter pour être agréable l’un à l’autre. Depuis l’hygiène corporelle et les préliminaires jusqu’à l’orgasme. Les exemples à ce propos ne manquent pas : il n’incombe pas seulement à la femme de s’embellir pour son mari, c’est un devoir réciproque. Le Prophète, rapportent-ils, avait réprimandé, une fois, un homme qui négligeait son apparence, déclarant que c’était un droit pour son épouse que son mari paraisse de la meilleure des façons pour elle, comme elle pour lui. S’appuyant aussi sur les hadiths, ces exégètes rapportent par ailleurs qu’une femme ne doit pas être indifférente à l’appel de son mari lorsque celui-ci a envie d’elle. Le Prophète lui-même, pensant que l’homme est plus enclin à une excitation sexuelle impromptue que la femme, aurait conseillé à l’épouse de toujours répondre à la sollicitation de son mari:

«Si l’homme invite son épouse pour l’acte sexuel, qu’elle lui réponde même si elle est au fourneau».

Théologie et érotisme, une union décomplexée

En islam et en terre d’islam, théologie et sexualité se confondent. La saga profane des Mille et Une Nuits ne serait ainsi que l’expression d’une fresque théologico-érotique « qui a commencé au 8e siècle avec les premiers commentaires sur le Coran et la vie de Mahomet pour se terminer vers le XVIe siècle …»(5), rappelle Martine Gozlan, grand reporter à l’hebdomadaire français Marianne, spécialiste du monde arabe et de l’Islam.

 

Pendant les périodes fastes de la civilisation islamique, à Damas, à Bagdad ou encore en Andalousie Omeyyade, qu’évoque M. Gozlan, les théologiens dissertent à l’infini sur la vie sexuelle du Prophète et celle du croyant en général. Sur l’art de bien jouir, qui est une obligation. On fait l’amour tout en invoquant Allah et tout en prenant exemple sur le messager de Dieu. Selon le même Abû Hâmid Al-Ghazâlî, dans son traité Ihyâ’ `Ulûm Ad-Dîn, il est du devoir de l’homme d’honorer son épouse (ou ses épouses) d’une manière régulière. « Au moins une fois tous les quatre jours. C’est plus équitable. Car le nombre d’épouses pouvant aller jusqu’à quatre, il est permis de retarder l’acte sexuel au plus jusqu’à quatre jours. Oui, il faut que l’époux accomplisse l’acte plus ou moins souvent, en fonction des besoins de son épouse pour qu’elle puisse assouvir son plaisir et préserver sa chasteté. Préserver la chasteté de son épouse est un devoir pour l’homme ».

 

Le Prophète Mohammed aimait les femmes, nul doute là-dessus. Sa puissance sexuelle et sa virilité sont présentées comme un exemple pour les croyants. Certains théologiens, citant les récits prophétiques rapportés par l’imam Al-Bukhari(6), magnifient à l’extrême la vigueur sexuelle du Prophète. A en croire l’un d’eux, le messager d’Allah possédait la puissance coïtale de 30 ou 40 hommes, et faisait l’amour chaque nuit avec chacune de ses neuf femmes. Puissance que certaines voix considèrent actuellement comme exagérée. Parmi elles, la journaliste égyptienne Bassant Rashad, auteure d’un  livre récent intitulé L’amour et le sexe dans la vie du prophète(7). L’ouvrage n’a pas été du goût des fondamentalistes irréductibles. Il a valu à l’essayiste une fatwa réclamant sa mise à mort ainsi que celle de son éditeur Hamada Emam, pour avoir osé y mettre en doute le recueil d’Al-Bukhari sur les hadiths. Mais là, il s’agit d’une toute autre histoire...

 

(1) « Zâd Al-Ma`âd fî Hady Khayr Al-`Ibâd ».

(2) Le livre des bons usages en matière de mariage (Ihyâ’ `Ulûm Ad-Dîn), rédigé par Al-Ghazâlî pour tracer une ligne de conduite aux gens de piété et aux itinérants vers le Paradis. Traduction française, 1953.

(3) http://www.passion-histoire.net

(4) Le Sahih Muslim, rédigé par l’imam Muslim ibn al-Hajjaj (821-875), est considéré dans l’islam sunnite comme la deuxième collection de hadiths la plus authentique (Sahih) après le Sahih al-Bukhari.

(5) Martine Gozlan, Le sexe d’Allah, Grasset, 192 p. Voir entretien avec le magazine Le Temps du 7 janvier 2017.

(6) L’imam Mouhammad al-Boukhârî (810-870), érudit perse, est l’auteur  du Sahih Al-Boukhârî, recueil de hadîths le plus authentique selon les musulmans sunnites.

(7) Paru chez Hewar Publishing House en 2008.

Commentaires