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A l'origine du mot Haram

Dîn Wa Dunia | 5 janvier 2018 à 16 h 42 min | Mis à jour 12 février 2018

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A l'origine du mot Haram
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Le mot haram désigne dans l’usage courant ce qui relève du péché, ce qui ne se fait pas, ce qu’il ne faut pas faire. Le vocabulaire juridique l’oppose à ce qui est halal, licite ou autorisé. Mais haram dit aussi ce qu’il y a de plus sacré et de plus vénéré : à l’origine, l’enceinte même de la Kaaba était le haram par excellence. Ainsi le même mot désignerait ce qui est prohibé et illicite et ce qu’il y a de plus sacré? Sommes-nous en présence de ce que le linguiste allemand Abel appelait les «mots primitifs à sens opposés», porteurs d’une ambiguïté originelle ? La thèse de Abel s’appuyait en particulier sur ce que les grammairiens arabes avaient depuis longtemps nommé des addad, des mots à sens contraires. Dans le cas de haram cette ambiguïté s’éclaire un peu à la lumière de la racine d’où provient le mot : harama, c’est éloigner, repousser, tenir à distance. Ainsi le mot désigne bien ce qu’on doit repousser parce que prohibé, mais il dit d’abord ce qu’on ne peut pénétrer sans précaution rituelle. Dans un sens, ce qu’on a le devoir de repousser loin de soi comme une transgression illicite, dans l’autre, ce qui repousse de soi toute transgression.

Avant de prendre une  signification juridique, le mot haram institue cette limite qui ordonne à la fois l’espace, le temps, les actes, et par laquelle l’humain et le divin sont mis en rapport et séparés – mis en rapport en tant que séparés.

 

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Est-ce un hasard si le mot qui s’impose pour traduire haram, sacré, présente la même ambiguïté ? Issu de la langue juridique et religieuse romaine, sacer désigne ce qui ne peut être touché sans être souillé ou sans souiller. Est sacer l’animal ou le lieu sanctifié, foyer de la cérémonie par laquelle le divin prend place au cœur du monde humain ; mais aussi le criminel voué aux dieux infernaux, repoussé hors des frontières de la cité humaine. Au sacré répond le profane : est profanus ce qui se trouve devant le temple (fanum), autrement dit dehors, où se tiennent les laïcs – le peuple distingué du clergé.

 

Pouvons-nous alors traduire, par simple symétrie, profane par halal ? Ici nous attend un de ces légers déplacements de sens que décèle la traduction, mais qui révèlent bien plus qu’une affaire de mots. Dans les sociétés sécularisées, l’appellation halal tend à connoter au contraire ce qui est conforme au respect d’une obligation…sacrée. Et le mot haram, perdant un peu de sa riche équivocité, prend de plus en plus le sens unilatéral de ce qui est juridiquement et moralement prohibé.

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