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Destin Nu : Le cri d’amour à Tanger de Farid Bahri

Dîn Wa Dunia | 16 mai 2018 à 18 h 41 min | Mis à jour 16 mai 2018

Destin Nu : Le cri d’amour à Tanger de Farid Bahri
© DR Tanger
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La beauté fragile et séculaire de Tanger résistera-t-elle à la voracité du béton ? Dans « Destin Nu, Poèmes de la tangerinité » suivi de « Ergs, Poèmes de la désertion », Farid Bahri, poète et enseignant en histoire à Bruxelles, lance un émouvant cri d’amour pour sa ville et pour la liberté.

 

Poèmes de la tangerinité - Poèmes de la désertion
Poèmes de la tangerinité - Poèmes de la désertion

 

« Tanger la Blanche

Tanger la Noire

Tu n’es plus qu’un fantôme

Dans les songes

Ton pain était nu

Ton festin était nu

Ta légende tenace

Par mille pelleteuses menace

De sombrer à jamais,

Dans l’Atlantique ».

 

Dès les premières strophes, Farid Bahri donne le ton de son recueil. De ces poèmes nourris de mélancolie émane un amour profond et infini pour une ville maintes fois narrée, chantée et esquissée, maintes fois conquise et libérée, jamais cernée.

 

Au fil des vers et des pages, se dévoile au lecteur la splendeur d’une cité de légende, tutoyant ciel azur et mer turquoise. La plume trempée dans l’encre de la nostalgie, l’auteur nous entraîne avec lui dans les lieux mythiques de la ville : sa magnifique baie baignée de lumière, son vieux port balayé par le chergui, son célèbre Mur des paresseux narguant la course des heures. Sa kasbah alanguie aux venelles labyrinthiques et aux palais cachés flirtant avec le détroit, ou encore son petit Socco émergeant à l’aube de l’ivresse de ses nuits fauves.

 

Tout en subtilité, d’Hercule à Paul Bowles sans oublier Ibn Batouta, le poète convoque figures mythologiques et personnages du passé qui ont conféré à Tingis, la Tanger cosmopolite, son cachet, son lustre et son aura d’antan.

 

La fiancée du Nord éprise d’Europa, promise de l’Afrique, rendez-vous du fougueux Atlantique et de la majestueuse grande bleue, carrefour de toutes les civilisations et de tous les possibles…

 

Mais comme les eaux traîtresses de la Mare nostrum engloutissent les rêves d’Eldorado des mômes dans les pateras, et comme le tinto noie le désespoir des damnés de la ville, béton rapace et vorace bitume convoitent les faveurs de la belle impératrice aux pieds d’argile. Des blocs monotones et moroses qui se dressent et couvrent l’horizon, au fur et à mesure que poussent les barbes des hommes et se voilent les corps des femmes sur la playa, naguère paradis des pin-up dorées à l’orée des dunes.

 

Farid Bahri

 

« D’été en été

Ma ville était

Ils l’ont avilie

Ma ville

Crayeuse et chaulée sous les astres

Ma ville désormais

Mal-aimée

Désertée de ses amants d’antan

Ma ville

Vile et sénile

Dans mes souvenirs sous vide

Est en exil

Sur l’introuvable île

Des images postales ».

 

Dans ce cantique des cantiques pour la Tanger mythique, Farid Bahri fait hurler aux rimes son désarroi face à la destinée grisâtre d’une cité chargée d’histoire, livrée aux appétits mercantiles des uns et à la misère délinquante des autres.

 

Est-ce là le tribut à payer pour entrer pleinement dans la modernité ? Comment faire garder son âme singulière à la Perle du Nord sans manquer le train du progrès ?

 

On s’inquiète avec l’auteur, craignant que la folie des grandeurs des Hommes ne défigure pour toujours la Tanja de notre enfance. Mais comme le Cap Spartel défiant le temps et les lames de fond, on se prend à espérer que de la noirceur asphyxiante des abysses jaillira immanquablement l’iode libératrice…

 

Une ode en prose sublimée par les clichés noir et blanc de Abdeslam Kadiri, journaliste indépendant résidant à Tanger, lui aussi grand amoureux de la capitale du détroit et auteur d’un recueil d’entretiens avec l’écrivain Driss Chraïbi, « Une vie sans concessions » (éditions Tarik/Zellige,2008).

 

Abdeslam Kadiri
Abdeslam Kadiri

 

Un bijou de poésie à conserver soigneusement dans l’écrin de sa bibliothèque ou à déguster avec un thé chamali au bientôt centenaire Café Hafa…

 

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