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Censure de Kâma-Sûtra à Tétouan : Khadija Tnana interpelle le ministre

Dîn Wa Dunia | 2 avril 2018 à 9 h 57 min | Mis à jour 2 avril 2018

Censure de Kâma-Sûtra à Tétouan : Khadija Tnana interpelle le ministre
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Khadija Tnana, artiste plasticienne, a vu son oeuvre censurée lors d’une exposition collective au début du mois de mars dernier au Centre d’Art Moderne de Tétouan.

Elle adresse aujourd’hui une lettre ouverte au ministre de la Culture et de la Communication, Mohamed Laâraj, le ministre de tutelle derrière cette interdiction.

La Dépêche en publie des extraits.

 

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Lettre ouverte au Ministre de la Culture et de la Communication


J'ai choisi de m’adresser à vous à travers cette lettre ouverte (...) et ce, devant l'omerta du ministère au sujet de l’interdiction d’exposer mon œuvre au Centre d'Art Moderne de Tétouan.


L’œuvre censurée, « Kâma-Sûtra », est un travail artistique de premier ordre répondant aux standards requis. D'autant plus qu'il s'agit d'une œuvre sensibilisatrice. Je ne prône nullement le principe de l'art pour l'art, je suis une citoyenne militante qui a pris part à des manifestations dans la ville de Tétouan dès l'âge de 6 ans pour réclamer davantage de liberté et qui persiste dans cette voie. Alors ni la violence, ni les menaces, ni la censure ne peuvent impacter ma détermination à défendre fermement mes idées et à m'opposer aux pensées obscurantistes qui refusent toute créativité, reléguant notre société à l'âge primitif.


Le travail artistique n'est rien d’autre que le fruit de l'imagination de l’artiste reflétant sa perception du monde, d'où sa nécessité de demeurer constamment libre, loin de toute censure, afin d’épargner sa capacité créative.

Ceci étant, si jamais une œuvre suscite des interrogations, il est judicieux de la soumettre à discussion et non à la censure.

 

La décision de censure (...) dénote de la fragilité de la liberté d’expression dans notre pays, et vient démentir tout ce qui a été avancé jusqu'à présent sur l’avancée qu’a connu le Maroc en matière d’ouverture et de modernité par rapport aux autres pays de la région (...).

 

Il s’agit de savoir pourquoi cette œuvre dérange tant (...) Elle essaie de corriger quelques fausses idées répandues dans notre société et de briser les tabous inhérents à une pudeur factice. Elle suscite l’ouverture d’un dialogue autour de la question de l’éducation sexuelle et sa nécessité, au moment où le harcèlement sexuel et les diverses violences dont souffre la femme marocaine prennent des proportions surdimensionnées (...).


Il ne me reste que l’art pour exprimer et défendre cette idée. Kâma-Sûtra n'est nullement une œuvre provocatrice. Il est donc du devoir des détracteurs d'en faire une lecture adéquate. Le corps sur ma toile ne suscite point l'excitation, mais reflète l'expression de ma position vis-à-vis de problèmes socio-politiques majeurs.


Quant à l'argument avancé par le responsable du Centre (qui n’a d'ailleurs présenté aucune décision d’interdiction officielle écrite), dont j’ai pris connaissance par voie de presse, et selon lequel Tétouan serait une ville conservatrice qui ne peut tolérer l'exposition en son sein d’une toile “à caractère pornographique”, c’est un jugement très personnel, de surcroît non fondé.


La question qui se pose à présent est la suivante : que va-t-on exposer dans les galeries d’art si l'on exclut systématiquement les artistes spécialisés dans l'expression corporelle, politique ou religieuse, privant par conséquent le public de clés essentielles pour comprendre notre monde?     

 

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